Souvenirs d’une petite fille à Oran... et au Lycée Lamoricière (Renée Ivanès-Chalancon)

mardi 18 avril 2017

J’ai eu la plus belle, la plus grande, la plus enivrante salle de jeux du monde : le Lycée Lamoricière d’Oran. J’ai rouvert de vieilles archives aux parfums d’ambre et de jasmin.. L’écriture de mon père glisse et coule des pages jaunies à l’encre de mon enfance et je vais chercher dans ses ronds et déliés la main qui m’a appris à marcher ; fière, forte comme la barre d’un T , douce comme la rondeur d’un O majuscule : la main d’un honnête homme
Ici ce sont les pages de ma mère qui vont parfumer de gourmandises l’écume des matins et des soirs finissants comme un miel d’acacia..

Comme il fait bon ce retour que le chagrin avait enclos dans une malle aux souvenirs

Je suis née à Choupot en 1947 au numéro12 de la rue sergent Bobillo. Certes, me diraient les « ceusses d’Alger la Blanche », c’était pas mal le Lycée Fromentin Et j’y ai fait mes premiers pas, goûté de 1947 à juillet 1951à la nature sauvage de la liberté, pris le goût indicible de l’observation au Jardin des Plantes, disputé mon chapeau à une guenon vindicative et grimaçante, couru, grimpé, adoré les bras de mon père me portant à tout bout de champ mais là... ce Lycée-là, à Oran quelle découverte !

Dans le train vers Oran mon premier grand voyage ! Des religieuses prises de sympathie pour le phénomène qui chantait « un pêcheur au bord de l’eau » m’offrirent une médaille de Ste Thérèse. La gare d’Oran ouvrait ses volutes de pierres blanches scintillant au soleil . Comme elle était belle ! Immense, parée de ses portes orientales. Et là, tout autour, des femmes et des hommes certains en djellaba, femmes blanches sous leurs draps…
Nous sommes enfin arrivés au Lycée d’Oran

A Alger l’appartement de fonction était une jolie maisonnette loin de l’établissement scolaire proprement dit, en haut d’une grande allée bien pentue plantée d’arbres. En bout, donnant sur la rue derrière la porte en fer forgé, se tenait un brave policier qui m’attendait tous les matins pour échanger quatre mots et des friandises. Certes, je voyais des élèves souvent des « grandes » qui s’amusaient de ce « bout de chou » qui courait partout, lisait les grands titres du journal, et qui répétait tout ce qu’elles pouvaient m’apprendre
J’allais aux cuisines parfois dire bonjour ...mais là…,à Oran, là, quelle surprise !

Le lycée Lamoricière c’était ma maison !
Cet appartement de fonction où nous allions vivre jouxtait l’entrée principale du Lycée. Devant : une grande cour rectangulaire plantée en deux parties distinctes de part et d’autre de la grand porte séparait les bâtiments de la rue. Un haut mur, face à la Banque de France, avec un grand portail ouvrait sur le boulevard Galliéni. Faisant face au Lycée, un autre mur. Des mimosas plantés devant accueillaient à leur base quelques violettes odorantes. Puis, dans cette même cour, au milieu de ses allées séparatives, s’élevait, trop haut pour moi encore, le Monument aux Morts des Anciens du Lycée.

Dans chacun des côtés plantés, de hauts palmiers offraient un ombrage relatif. Ils arboraient sur une hauteur certaine un tronc peint à la chaux blanche.
Mais là dans l’herbe rase courait tout un monde merveilleux !! Diable, des lézards, allez vous me dire, il y en a partout ! Oui mais de ces magnifiques lézards aux yeux d’or pailletés d’émeraude, ces bons gros lézards, j’en ai revu très peu. Et les caméléons d’Ain-el-Turck encore moins...et les scorpions bien gras et noirs...
Quand on entrait dans le lycée par la grand porte, un escalier déployait un tapis de velours rouge, fixé par des baguettes dorées sur des marches grimpant jusqu’au sommet. En fin de course, tout en bas et qui retint mille fois mes descentes vertigineuses, une grosse boule de verre. Il desservait, entre autres, les appartements de MM. Massiéra le Proviseur, Durbeck, et Aubertie le Censeur ….
Au fond à droite du couloir de l’entrée, un autre couloir donnait vers cette fameuse cour aux sublimes arcades Après les bureaux de M. l’intendant Fulconsi, du proviseur M. Massiéra, de M. Aubertie, presque dans l’angle, le bureau de MM. Breton et Gargullo responsables des stocks et objets divers du Lycée.
En revenant vers l’entrée principale, à gauche, après la conciergerie une grande salle ouvrait sur le couloir, puis, juste à côté, presque en angle d’un couloir aux belles arcades ouvrant sur la première cour intérieure, une porte : une énorme porte.
Bon, j’étais petite mais elle était bien grande quand même, cette mystérieuse porte.
Je n’ai pas osé tout de suite…et la découverte de l’appartement de fonction de mes parents retint toute mon attention.
Quelle mémoire ! Ben oui ! Mais ne me demandez pas où j’ai mis mes clefs de voiture…
On entrait par la loge : une pièce presque carrée assez grande avec un grand bureau Sur le mur jouxtant la porte d’entrée s’ouvrait, pratiquement au coin, une petite fenêtre type « passe-plat » donnant sur l’entrée principale et, sur ce même mur un grand meuble où mon père rangeait gommes, cahiers, crayons qui dépannaient les pensionnaires.
Et là, « héhéhé », vous ne pouviez pas le voir, sous la dite fenêtre, un petit escabeau. Combien de fois j’ai pu grimper pour vendre une gomme, un crayon mais à « condition, m’avait dit mon père, de bien savoir compter et rendre la monnaie » C’était plus rigolo que la méthode Boscher et, à y être, les deux systèmes m’ont bien servie…


Je n’oublie pas la librairie du Centre Ville avec un escalier ellipsoïdal en fer, les marches posées sur le pilier central n’étaient pas fermées. Il me semblait qu’un jour je glisserais sans le vouloir tombant net de l’étage. Mais pour rien au monde je n’aurais manqué le plaisir d’accompagner mon père allant chercher livres et cahiers pour les potaches. C’était la caverne d’Ali Baba : livres scolaires, papiers, crayons multicolores, ardoises et craies ! Comme cela donnait envie d’apprendre et de bien écrire pour mériter un jour cette fichue plume Sergent Major qui m’était promise ! …Et j’ai toujours cartable et trousse d’Oran.

C’est dans cette fameuse loge que souvent quelque pensionnaire un peu jeune, un peu perdu venait chercher une « gomme-excuse » , les yeux humides attendant quelque réconfort de mes parents. Il m’en a fallu du temps pour comprendre le pourquoi de ces larmes : j’aimais tant, moi, le Lycée !! C’est là, au tout début aussi, qu’un tout jeune homme à grosses lunettes venait chercher un mot de consolation, il m’intriguait beaucoup. Plus tard, maman m’expliqua pourquoi il subissait tant d’attitudes vexatoires de la part de ses camarades. C’était un certain Yves S.L.
Après la loge, il y avait une salle à manger avec une cheminée et, juste à côté, le piano de maman. La pièce ouvrait sur la cuisine qui donnait dans le grand couloir vers la fameuse « porte mystérieuse ».
Puis la grande chambre de mes parents.
Dans chaque pièce d’immenses fenêtres.
Mon lit en fer était posé tout contre le lit de mes parents et la main de mon père tenait ma main chaque soir pour m’endormir avec cette phrase terrible pour le petit enfant que j’étais restée dans un coin de mémoire, au fil des jours et même des années « je t’ai donné la main ma fille pour t’aider à dormir, un jour tu me donneras la main pour m’aider à mourir »
J’ai pu grâce à Dieu en ce moment suprême partager dans ce geste là, mes nuits sans cauchemars, mes réveils sans peur et revivre en silence avec lui en prières, par cette promesse tenue, l’amour ineffable et fidèle de mon père qui inondait mes jours de joies et de lumière.
Allons !! Tout est là vivant comme un beau songe : rêver sa vie n’est pas la vivre ! Mais revivre ces moments c’est comme retisser la toile de Pénélope avec le fil d’Ariane.

Trois cours intérieures comme trois carrés longés par d’immenses couloirs.
Les arcades mêlaient dans leur agencement des briques rouges entre deux ponts de ciment peint en jaune Sur le sol, les pavés gris et jaunes déclenchaient chez moi de multiples jeux à saute- pieds. Du côté droit de la première cour, sous les arcades, je découvrais des panneaux « sculptés à l’antique », juste à côté du bureau de MM. Breton et Gargullo. Puis au fond du couloir, il y avait les cuisines puis encore un monte-charge mystérieux...
Tout était mystérieux.
Et mes petites jambes avaient bien du mal et tant de plaisir à courir à toute vitesse ! J’avais presque 4 ans.
Dès notre arrivée, juillet m’offrait dans le silence ensoleillé du Lycée la plus belle salle de jeux du monde !
A découvrir ! Tout était à découvrir. Le lycée allait malgré moi devenir à l’alambic de ma mémoire un peu comme ma « madeleine de Proust » : mélange d’odeurs, de saveurs, de bruits, de voix et de pas ensemble confondus, de chants et de rires comme une recette de Vie, d’amitié et de joies.

Les classes du couloir de gauche dont certaines étaient comme des petits amphithéâtres aux bureaux grimpant sur différents niveaux, avaient pour jumelles les arcatures en terre cuites (cayroux) des couloirs. L’odeur de craie et les immenses tableaux noirs, comme je m’en souviens !

Puis vint le temps de la rentrée des élèves, des bousculades, le passage ordonné de ceux arrivant encadrés, tabliers gris, cartables au dos. Moi observant, mon museau caché derrière le rideau de la cuisine. Trop jeune pour aller à l’école, trop vieille pour manquer le plaisir de la découverte, avec toujours cet esprit d’observation que mon père et ma mère m’avaient appris à avoir pour toute chose et tout être vivant..
Alors …
Alors j’ai osé m’aventurer…j’ai commencé par les bureaux.
J’ai fait tous les matins « le tour des popotes », gratifiant d’un « bonjour » solennel le rituel de mes visites..
Et là, miracle… Surveillants, professeurs, secrétaires, censeur, intendant, même proviseur m’accueillaient avec un gentil sourire. Le Lycée se peuplait de gens fort aimables. Voilà qui ne pouvait qu’enrichir mon quotidien.
Et j’ai cueilli de ci, de là, une historiette, une légende, un conte que me narrait avec force mouvements M. Aubertie, un compliment, le conseil d’une lecture, le prêt d’un livre parfois. Jamais une remontrance ni une absence de réponse à mes questions.
Je retrouve malgré moi la légèreté de ces moments lorsqu’un bout de chou vient à moi, le regard plein de certitude avec une kyrielle de questions ou d’histoires à raconter, et qui écoute quelque légende orientale, émerveillé quand se mêlent aux mots des parfums de roses sur des coussins de soie...
Les couloirs aux arcades de cayroux posées sur de hautes colonnades me tentaient de plus en plus car s’ouvraient là des salles, pièces, escaliers et couloirs jusque là inexplorés et de part et d’autre d’ autres cours et bâtiments.

Au milieu de la seconde cour, une fontaine et des poissons rouges.
Quelle idée ! Des poissons rouges ! Oui, bon…Je confesse : un petit fil de pêche , un hameçon gardé dans ma poche au retour du port où nous allions avec mon père « taquiner le goujon » c’était tentant mais au fond pas très rigolo. Là, j’ai découvert la remise immédiate à l’eau de la dite prise avant de me prendre une belle semonce !
Il est vrai que la seule fessée de ma vie, je l’ai eue à Alger à l’âge de 2 ans et qu’elle m’a laissé un souvenir impérissable. Inutile donc de froisser les humeurs.
Restait la porte…la fameuse porte …Lourde… mais avec de l’audace… Quelle découverte merveilleuse !
Une énorme statue de Moïse dans toute sa splendeur ! D’une rare beauté et dont le pied me semblait un monument à lui tout seul.
Moïse devint mon interlocuteur préféré : je grimpais sur lui sans crainte et son visage tourné vers des escaliers qui partaient vers le sous sol m’avait laissé penser que je ne risquais rien à y descendre un jour.
Alors… ce jour vint.
En bas, tout en bas, un monde extraordinaire de caves et de réduits : on pouvait entrer et sortir par l’autre bout de ce couloir immense dont l’obscurité abritait de magnifiques blattes. Que le premier qui ose me dire qu’il n’a jamais écrasé un de ces énormes insectes me le dise ! La tentation rampante, grouillante et qui avait le don de faire fuir les importuns briseurs de voyages dans l’antre obscure du dieu Hadès !
Et puis bon…, sur un stack, éjecté à toute vitesse bien que cet insecte ne parle pas, cela déclenchait un cri spécial.. le tout étant de rester bien caché derrière un arbre… Pour les potaches, j’avoue comment faire … Vous y êtes ?
Il suffisait d’avoir, toujours enroulé dans sa poche de short, quelques feuilles de papier toilette, d’attraper la blatte par le corps, bien la coincer en la roulant et mettre le tout dans sa poche pour tout usage ultérieur… La méthode de la camisole de force l’obligeait à rester immobile… Bref, j’étais un garçon manqué …
La Comtesse de Ségur m’avait laissé penser qu’en tout lieu et tout âge on peut être un peu audacieux Que dire des livres de la Bibliothèque Rouge et surtout des aventures de l’Oncle Paul, de Tarzan and co !
Au fond du grand couloir, l’escalier montait à l’infirmerie. Là, je n’osais pas m’aventurer. Mais un jour, en regardant les photos de famille, je vis mon père en blouse blanche devant le lycée : Infirmier ! Poste qu’il occupa dès1933. Avant que mes parents ne partent d’un commun accord en 1947 à Alger, papa avait été infirmier et maman aux Contributions directes. Bref au fil du temps, il me raconta l’histoire de sa vie, du pourquoi de son changement de fonction (blessures) et de cette infirmerie. Accueillant les internes de terminale l’hiver quand ils avaient la grippe, et partageant les soins avec une infirmière,ils avaient été surnommés, elle « Trottinette » et lui « M. Tisane ».
Quand les Américains débarquèrent, le Lycée Lamoricière servit d’Hôpital et les élèves partirent pour la Ferme Ecole d’Aïn-Témouchent.

L’infirmerie sentait bon la javel tout était rigoureusement à sa place, l’ordre rendait le lieu un peu hors du temps. Je n’ai jamais pu m’empêcher de repenser cent fois cela quand, légère et fugace, l’odeur d’un pot d’onguent pendant mes études d’infirmière me ramenait vers le Lycée.
Sur le même palier la lingerie.
Mon Dieu comme je garde en moi l’image vivante douce et maternelle des Dames lingères, Mme Favier, la Lingère principale dame ronde s’il n’en fut. Mais une surtout : Mme Mancho. Elle avait toujours pour moi dans sa poche un petit bonbon… et un tel sourire ! Le linge des internes lavé par leurs soins était rangé sur des étagères où chacun avait en quelque sorte un casier à ciel ouvert, cela sentait si bon le savon, la lessive, et le mal qu’elles se donnaient se cachait derrière tant de sourires bienveillants ! Comme j’aimais à leur rendre visite !! Dès que j’ai su utiliser le monte-charge c’était encore plus génial !!
Là aussi, les faits sont prescrits, ne croyez-vous pas ?

En redescendant, j’allais aux cuisines dire bonjour, voir le menu et les immenses bacs de cuisson plus grands que moi ! Quand j’entendais venir comme un bruit sourd régulier profond, un roulement de pas - c’étaient les élèves qui venaient manger, un vrai troupeau de sauterelles ! -, vite je partais en courant rejoindre mes parents.

A gauche de la Grande porte, sur ce même couloir de gauche, juste derrière, une autre cour et un bâtiment : l’ atelier, celui de M. Boreda, menuiser. J’ai découvert chez lui dès 1951 cette odeur douce et forte, multiple et cependant originale du bois travaillé. Comme j’ai pu l’observer ! Il avait un établi immense, des stocks de bois de chaises à réparer et c’est de là que j’ai osé sauter par une petite fenêtre. Premier bras cassé. Silencieuse je suis revenue vers mes parents, tenant mon bras. Cela m’a valu un beau plâtre et une crème glacée pour prix de mon stoïcisme. Je me souviens du beau pull rouge que maman m’avait tricoté pour Noël porté sur un pantalon blanc assorti à mon plâtre. Je trouvais cela très chic. J’étais allée voir M. Aubertie, lui montrer plâtre et pull en lui disant « avez-vous vu quelle élégance ? » Chose qu’il avait totalement approuvée.
M. Boréda avait un fils, Serge. Si je pouvais lui dire combien je garde la mémoire vivante de son papa ! M. Boréda m’a fait trois cadeaux de ses propres mains : un coffre à jouets, une chaise et un petit bureau. Lorsque les élèves entraient en salle de cours, combien savaient que là, dans cet atelier odorant, chaque meuble prenait forme, chaque objet cassé était réparé avec soin ? Un artisan dont la main agile et forte faisait avec une intelligence rare d’un morceau de bois un objet de qualité !

Quelle salle de jeux ! Quelle merveille que ce vieux Lycée.
L’ombre et la lumière dessinaient sur ses murs des toiles ondulantes de miel et de rouille et tout là haut au sommet d’une hampe flottait au vent le Drapeau Français..
C’est dans ces trois couleurs qu’un jour j’ai caché une partie de mon histoire d’amour avec ce Lycée, là…

Revenons vers la Grand Cour.
Presque à l’entrée du Lycée vers le café du « le Coq Hardi », c’était la cour de récréation des élèves derrière la grille en fer forgé : des gamins bruyants, jouant, criant, jetant noyaux d’abricots ou des billes dans une exaltation enfantine et joyeuse.

En sortant, devant le Lycée, un vieux monsieur en djellaba vendait des bonbons, tout juste face au café « le Coq Hardi » où quelques hommes se « tapaient l’anisette et la kémia ». Au passage clouté, un policier faisait traverser son petit monde.
Vous souvenez vous ?
Notre vendeur de douceurs avait des caramels délicieux (avec des images de drapeaux) vendus à la pièce, des boîtes de coco, des bâtons de réglisse noire et en bois. Certains de ses chewing-gums étaient vendus à la coupe : les Bazooka, d’autres à tirer au sort : rose tu perds, vert tu gagnes un autre. Chacun avait sa méthode pour gagner.
Puis, à droite, face à la Banque de France, un petit camion vendait des « croassans », des pommes rouges, des churros , mais moins bons que celles et ceux du Petit Vichy. Mais le marchand avait un tel accent espagnol et une telle bonhomie que pour le plaisir cela valait la peine.

Devant le Lycée passait parfois un vieil homme à la vêture originale « Camembert » !
Et surtout un algérien portant une peau de chèvre en diagonale d’une épaule à l’autre. Il vendait de l’eau douce dans une coupelle où chacun buvait à discrétion C’est la seule chose que je n’aie jamais pu obtenir ... (C’est dans les années 1937 1938 que l’Abbé Lambert, maire d’Oran, curé de son état, sourcier à ses heures et coureur de jupons toujours en vélomoteur découvrit une source d’eau pure qui alimenta enfin la ville).

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Oran… Oran ville... Souvenez-vous, en haut de la rue Philippe : moi je m’en souviens, tant mes visites gourmandes lui étaient réservées… Un vieil homme plein de bienveillance, assis par terre avec un éventail et un pot de miel ! D’une main il chassait les mouches, de l’autre il trempait dans le miel un makrout du bout de sa main aux ongles noirs, je m’asseyais à ses côtés sous le regard gêné de mon père qui avait subi mon chantage avec résignation, et le regard en biais, curieux ou écœuré des passants.
C’est peut-être pour cela que jamais, ni même encore, aucun geste bienveillant ne m’a rebutée : pauvre, sale, oublié, rejeté, perdu dans ces mouroirs que furent certaines salles d’hôpital aux lits collés les uns aux autres accueillant les oubliés de la vie, les rejetés des familles, il m’a toujours semblé que quelque part en eux une Lumière plus forte, plus belle, se cachait Je me souviens encore des mots de St Paul demandant à ses « filles »(religieuses de St Vincent) « faites-vous pardonner le pain que vous donnez aux pauvres ».
Que c’était bon pourtant, un défi plaisir et une vaccination certaine !!
Et ces parfums de miel, de muscade, de cannelle et de kosbar qui diffusaient dans les rues d’Oran autant d’écharpes parfumées s’entremêlant aux épices des paellas, poivrons farcis, parfums d’oranges et clémentines.
Je voulais tout savoir Tout goûter. Et j’ai tout aimé ..

Le soir, le Lycée Lamoricière fermait ses paupières.
La nuit devenait un monde nouveau plein de mystère Les étoiles au-dessus des cours allumaient leurs lumières, le veilleur de nuit, Maleck, prenait ses fonctions. Parfois des petites chouettes rythmaient l’air de la mer de leurs cris, mais c’est le rossignol qui faisait danser, bruisser les rêves …
Mais un mois était différent de tous les autres ! Pendant le Ramadan, le Lycée, la nuit, ouvrait les portes de ses cuisines et de son réfectoire !
Les couloirs étaient allumés ….allumés ?…Mystère ! Mon père m’avait dit que les élèves musulmans mangeaient après le coucher du soleil… Du haut de mes cinq ans, diable !!??
J’ai bien essayé de me glisser hors du lit pour aller d’un pas de rate vers les cuisines et le réfectoire mais le regard de ma mère avait suffi.


Cela avait éveillé quelque démangeaisons sur une partie que je ne nommerais pas et qui gardait la mémoire vive d’une virée au Lycée Fromentin jusqu’à une petite cabane cachée, où, assise sur une pile de revues américaines oubliées, là, j’ai appris à chanter un « petit vin blanc » La dame qui m’avait accompagnée là était adorable, travaillait au Lycée et je la connaissais bien mais elle avait tendance à téter de la dive bouteille dans cette masure obscure. On m’avait cherchée partout , longtemps : élèves, famille, agents …dans l’auge des cochons, dans les égouts . .Mais si ces non adeptes de l’archéologie souterraine furent heureux de me retrouver, ma pauvre maman avait eu la peur de sa vie claquant au bout des doigts. J’ai appris la vigilance, le silence, l’écoute et le prix de la confiance.

Ramadan..C’était quoi ??
Alors je suis revenue à mon lit et j’ai attendu que l’on me dise le pourquoi de ces repas nocturnes de ces élèves, fatigués parfois, que je croisais en montant à la lingerie.

Puis vint la remise des Prix et des Tableaux d’Honneur.
Un photographe immortalisait élèves et professeurs, directeurs et enseignants, personnels divers.
Alors familles, amis, professeurs, tout le monde venait dans le Lycée. L’air vrombissait, frémissait. Ah, comme je m’en souviens ! Il y avait les élèves de musique avec leurs instruments, les dames fort joliment vêtues, la robe que l’on m’obligeait à mettre (ça c’était moins bien ). Les élèves trépignant riaient entre eux, se touchant du coude, tellement moins craintifs en ces moments-là. Le personnel comme les professeurs, tout le monde écoutait le discours. M. Aubertie était bienveillant, même M.Massiéra semblait sourire : après, c’étaient les vacances !!
Dans la Grand Cour, en ribambelle, les potaches pensionnaires sortaient, portant sacs et valises. Nombreux qui étaient restés pendant les fins de semaine attendaient ce dernier jour avec un plaisir indicible, cela se lisait dans chacun de leurs gestes et la joie dessinait le même visage : celui que ce bonheur léger et fort, envahissant et tenace, vient imprégner tous les enfants du monde : « rentrer chez soi » !

Un jour nous avons tous appris que le « chez soi » n’était « qu’en soi ». Au plus profond de soi, que le « chez soi », faute d’être dans un lieu d’enfance, c’était « partout ». Vertige que la Vie et la politique déterminent sans que jamais le choix vînt de nous.

Le Lycée fermait ses portes et nous prenions avec mes parents le bateau pour la France.
La veille je refaisais le chemin des couloirs, des caves et des cours, comme pour dire au revoir, comme pour emporter tous ces parfums de craie, les sourires de tous ceux qui partageaient la vie du Lycée.

Vous souvenez vous, les potaches de février 54, quand il avait neigé ? Tout le monde était sorti en courant dans les rues ! Certains élèves avaient séché les cours ! La Montagne des Lions était blanche ! Quelle surprise !

En métropole l’eau était sucrée il faisait froid dans les montagnes catalanes, mais à Murviel-les-Béziers, joli village Occitan, je pouvais jouer en bande dans les rues, chose possible à Choupot, mais impossible à Oran.

Je ne suis allée à l’école qu’à l’âge de 7 ans : ma mère avait décidé de cela. J’ai donc appris très tôt à lire, écrire, compter, partageant mon temps entre apprentissages divers et les « balades découvertes » des plantes et des animaux, la pêche aussi. Avec mon père, les sciences naturelles où l’observation que me vantait maman pouvait aussi s’appliquer, l’écoute silencieuse, les livres variés et même dictionnaires venaient forger mon caractère. Maman m’apprenait tous les chants militaires et patriotiques. J’avoue, pas de berceuses …mais quelques chansons enfantines. Elle au piano, moi à côté. Parfois aussi, avec papa, ils chantaient des tangos en espagnol, moments inoubliables …
Et l’écoute de la radio !
Qui se souvient de cette émission pour enfants où le héros de l’histoire prenait des pilules « glou-glou » et disait « les forces me reviennent ! » ?
Livres, comptines et poèmes commençaient à dessiner leurs fils de rimes en cascades rythmant peu à peu mes propres mots. Apprendre avec un adjectif synonymes et contraires, nuances et précision. Maman dessinait si bien, elle connaissait toutes les couleurs, et Dieu sait combien il y a de tonalités de rouges, de bleus ou de verts. Pour elle, du moins est-ce ainsi que je le ressentais, il fallait être aussi précis en écriture Chaque mot porte le poids de notre interprétation des choses. Il se doit d’être mesuré à l’aune de nos pensées avec justesse.

Les années passaient.
Enfin, l’école Jules Renard m’ouvrit ses portes Melle Levy était mon institutrice. Jany Asquinazi qui était ma meilleure amie (la fille du Grand Rabin d’Oran) était avec moi aussi à l’Ecole, cette jeune sœur de mon âge que j’aspirais tant à avoir. Nous allions nous voir enfin tous les jours ! Nous avons gardé vifs et forts dans nos cœurs ces moments de bonheur et nous avons toujours ce lien invisible et lumineux de l’affection profonde de l’enfance ! Ma petite sœur d’Oran !…

Restaient les fins de semaines pour explorer encore et toujours le Lycée..
Mon audace me poussa à oser une nouvelle découverte, que les quelques centimètres de plus en taille me donnaient comme possible...
J’avais grimpé souvent par le grand escalier jusqu’au lavoir, juste au dessus de la grand porte. Terrasse où le linge était étendu sur de grands fils de fer, brassé par l’air marin sous un soleil de plomb, les draps flottant comme bannières au vent.
J’adorais me glisser entre ces murs de fraîcheur et regarder au loin Santa Cruz, le Fort Santon, le Port d’Oran, devinant le rocher de la Vieille, rêvant aux plages d’Ain-el-Turck et de Mers-El-Kébir « pays » de la famille de mon père…
Les rues et avenues offraient leurs frondaisons de verdure ..Vue d’en haut ; comme Oran était encore plus Belle ! Parce que j’étais jeune, petite et qu’il y avait un petit goût d’interdit comme un ruban cadeau, peut-être, mais comme Oran était Belle !
Qui peut oublier la promenade de Létang, les cinémas d’Oran, les Lions de la mairie, la rue d’Arzew et les Galeries de France ? Des cousines de mon père tenaient un magasin de chaussures, la Gavotte.
Qui a pu oublier, vers le Petit Vichy, une salle de jeux où un ours courait en grognant et faisait demi-tour lorsque, avec un fusil, on touchait un de ces ronds posés sur le ventre ou les côtés ?? C’est là que j’ai appris à tirer à la carabine avec mon père.
Qui a pu oublier la fête des Rameaux, de Pâques à Santa Cruz et le Père Balsamo ?? Et Don Bosco ? Et les corsos fleuris ??
Personne... Moi je n’ai jamais pu oublier Oran vue de là-haut, laissant courir mon regard de la mer à la ville.

L’énorme horloge sur le mur de la façade du Lycée, juste en-dessous de la terrasse marquait le temps.
C’est de là-haut qu’un jour M. Aubertie avait invectivé quelques élèves rebelles.
Mais c’est encore au-dessus de la terrasse que flottait le Drapeau Français. Il fallait grimper par une échelle en fer fixée sur le mur.
Il fallait qu’un jour j’ose...
Ah ! ce Drapeau !...
C’était si beau les jours des fêtes nationales quand le Lycée s’habillait de bleu-blanc-rouge, quand des gerbes venaient fleurir le Monument aux Morts.
J’avais appris à lire leur noms, l’Histoire de notre France quand les nôtres sont partis défendre la France de Métropole, de nos anciens pionniers, de nos soldats. Le cimetière des marins coulés par le Wood (« ô la perfide Albion ») et les cousins, parents, amis, voisins, me disait maman, dont les noms étaient restés gravés sur des monuments de Verdun à la Provence, toujours sur le Chemin de l’Honneur : ce que n’aurait jamais du oublier celui qui parlait de « Dunkerque à Tamanrasset »...
Je me souviens de cette Marseillaise que maman m’avait apprise très jeune,elle au piano :
« nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n’y seront plus
nous y trouverons la poussière et la trace de leur vertus »

Dans ce Lycée de garçons les jeux ne manquaient pas …et, seule fille dans les lieux, contagion fait excuse..
Papa m’avait appris à me servir d’un petit couteau, d’un arc et de flèches qu’il m’avait fabriqués. Toujours en short, avant d’aller à l’école Jules Renard, il fallait bien que j’occupe aussi mon temps entre deux livres ou deux balades .
Les livres d’Indiens, de Cowboys et de pirates livraient à mon imagination débordante des aventures à imiter.. Mais rien ne valait le stack, les billes, et les noyaux d’abricots.
Les palmiers sous les fenêtres de la maison devenaient un terrain d’explorations et d’observation sans fin où oiseaux, lézards, scorpions s’en donnaient à cœur joie. Papa m’avait appris à ramasser des œufs de serpent dans les dunes, certes à pêcher aussi, mais là, au Lycée, à attraper au « vol » un lézard ou un scorpion avec deux branchettes juste sous le dard. C’était « génial » !
Au fond, apprendre à rester tout de même vigilant et réactif, c’est aussi domestiquer nos peurs.

Mme Badach était une dame ronde et très gentille. Le 1er avril, elle traversait la cour avec, flottant dans le dos, un poisson rouge tendu par un fil de pêche ...Brave dame qui devait faire semblant de ne pas savoir.

La seule que je n’ai jamais osé aborder était la mère de M. Massiéra, toujours vêtue de noir, petit chapeau vissé sur la tête avec parfois une voilette, elle accompagnait ses pas menus d’un bruit de canne sur laquelle elle prenait appui. Saluant d’un petit geste de la tête le « bonjour madame » respectueux qui lui revenait, elle poursuivait son chemin dignement comme une « dame anglaise » Parfois un sourire accompagnait le regard qu’elle m’adressait. J’en étais ravie.

En 1955 l’armée avait logé ses troupes au Lycée Lamoricière J’avais alors un chat noir et blanc qui, chose bizarre, adorait l’eau. Tous le matins, les soldats se mettaient en rang et on hissait le drapeau, tout le monde au garde-à-vous. Le chat se glissait entre les rangs, griffant de ci de là quelques mollets …Amusant : le capitaine se nommait Fourmi.. Inoubliable ! J’avais dû agacer pas mal l’Etat-Major en rendant régulièrement visite à leur QG et regardant cartes et paperasse militaires. Pour avoir la paix, le Capitaine m’avait offert un vieil appareil téléphonique obsolète avec fil et écouteurs… Mais là pas de vélo dans les couloirs.
Me baladant partout avec mon énorme poupon Gabriel, je trouvais parfois l’occasion de « l’oublier »….attendant, cachée avec un certain plaisir, que ce fameux capitaine le prenne sous le bras pour me le rapporter.. Je n’ai jamais oublié le sourire de ces jeunes gens complices de ces instants enfantins. Un jour, un jeune homme de garde devant la Grand Porte d’entrée m’avait prêté, à ma demande, bien innocemment son casque, me disant qu’il avait une petite sœur du même âge que moi. Vint le capitaine et la façon dont il le réprimanda me choqua Certes, il n’avait pas tort car cela tirait parfois pas loin. Le lendemain, j’étais allée au QG, expliquant que c’était moi qui avais eu tort, que j’avais subtilisé son casque. J’avoue que j’avais dû faire un peu impression : tant de culot dans si peu d’âge. Les gradés firent semblant de me croire et le jeune homme ne fut pas puni.
Un jour où nous allions traverser du Lycée vers le « Coq Hardi », c’était je crois en 1954 /55, un policier faisait traverser son petit monde. Nous avancions lentement après avoir acheté des bonbons. Le policier en tenue « saharienne », short et chemisette, faisait la circulation. Il arrêta un homme en lui demandant ses papiers. L’homme sortit son couteau et le lui planta dans le ventre, déchirant tissus et chairs. Maman me demanda fermement de rester là où j’étais et partit en courant chercher les policiers en faction devant la Banque de France. Je n’ai jamais oublié. J’en ai gardé une colère sourde : pas de peur, mais une méfiance qui n’a jamais pu céder au temps qui passe.
Cette même année mon père avait en quelque sorte « blindé » les fenêtres et je dormais sur un matelas sous mon lit. J’ai eu du mal longtemps avec le bruit des balles, à la fête foraine de Béziers, lorsque frappant le métal, elles évoquaient de drôles de souvenirs. Le ravin bordant le Lycée sur son flanc vers la mer grouillait parfois de visiteurs inattendus.

Puis vint notre départ d’Oran vers la métropole.
Bagages, meubles, déménagement. Tout était plié et dernière nuit au Lycée. Nous logions dans l’infirmerie avec nos valises
Deux énormes rats sont sortis des WC, courant dans le couloir derrière moi : je les voyais certainement beaucoup plus gros qu’ils n’étaient. Papa m’avait appris à ne jamais crier pour rien. J’ai couru à toutes jambes et l’ai appelé dès que je l’ai vu. Il a tué les rats.
Quelques jours auparavant j’avais revisité les caves et j’ai eu beaucoup de peine en voyant que les jouets de maman étaient restés dans la nôtre, sa poupée qu’elle aimait tant, souvenir si cher qu’elle me réclama dans ses derniers jours. Je me suis sentie tant de fois coupable d’avoir pu ramener mon coffre d’enfant, mes livres et mes jeux. Combien de fois aurais-je préféré que sa poupée prenne la place d’un quelconque objet !
Pendant que mes parents s’activaient à ranger, plier, trier avant que le cadre ne vienne, je suis montée là-haut tout là-haut. Il faisait un vent chaud, doux, et cependant il me semblait être assez fort. Chacun occupé à son travail, personne ne me vit grimper : enfin j’allais monter jusqu’au dernier étage !
L’échelle en métal était posée sur le mur entre deux terrasses, le mât portait le Drapeau. Je ne sais comment j’ai pu le descendre (couper la ficelle avec mon canif ?) Je ne sais plus, ce dont je me souviens, c’est qu’il me semblait immense, que j’avais peur que le vent ne l’emporte, qu’il fallait absolument que je le cache bien au fond de mon coffre à jouets et que j’y arrive sans que l’on ne me voie.
J’avais trente ans quand j’ai avoué cela à ma mère.
« Maman, avant de partir, j’ai volé le Drapeau du Lycée ». Le souvenir marquant d’Alger avait laissé quelques traces encore !
J’ai sorti devant elle du fond du coffre de M. Boreda ce vieux drapeau, et là, dans ses yeux, j’ai vu toute la joie du monde « Tu as bien fait ! » J’ai été absoute d’un coup de toute crainte !

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Mais, voyez-vous, il est un souvenir, un parmi tant d’autres que je voudrais vous offrir en dernier.
Un particulier …
C’était Noel, au Lycée Lamoricière et je devais avoir cinq ou six ans. Le sapin par magie se retrouva de la salle à manger au pied de mon lit.
Et là, là, au pied du sapin à mon réveil : un magnifique petit vélo rouge ! Il avait quatre roues !! Les plus petites posées de chaque côté de la roue arrière ! Le lycée était vide d’élèves. La veille, amis et famille avaient partagé un Noël bruyant et joyeux comme toujours. Maleck, le veilleur de nuit avait été des nôtres.
Vite, je suis partie dans le couloir, quelques essais, puis, hop ! les petites roues enlevées une chute ou deux et me voilà avec ce fameux petit vélo rouge.
Ce souvenir je voudrais vous l’offrir, en mémoire de Marc Labussière qui se rappelait cette petite peste roulant à toute vitesse dans les cours et les couloirs.
Comme il fait bon se souvenir, garder vivant les mots que l’Amitié tisse dans nos cœurs !


Nous sommes partis un 15 septembre 1956 : le jour de mes neuf ans.
Je n’ai rien dit. Maman s’en est aperçue quand nous avons parlé du Drapeau et regrettait car notre départ un jour avant ou après était possible
J’ai eu de si beaux anniversaires en métropole ! Des amis supers et des parents aimants
Mais depuis, aucun n’a eu le goût de mon enfance
Rien n’est triste non plus.. non !
Le Lycée Lamoricière a gardé entre les murs dorés de son Histoire le cœur d’une petite fille, et si fort fut cet amour que je garde intact chaque moment de vie dans le « Chaudron de ma Mémoire »…

Renée IVANES-CHALANCON
fille de l’ancien concierge-infirmier du Lycée François Ivanès


Commentaires

mercredi 19 avril 2017 à 18h47

Ma chère Renée
Nous avons fait connaissance au Boulou et quand je t’ai annoncé que j’étais le fils de Mme. Mancho la lingère, tes yeux se sont remplis de larmes et tu m ’as serré sur ton cœur. Souvenirs, souvenirs
Grosses bises Renée et prends soin de toi.
René Mancho
http://oran1954.over-blog.com/

Logo de yves GALVEZ
mercredi 19 avril 2017 à 11h26 - par  yves GALVEZ

Emouvant, ça remue les tripes...Merci pour ce partage de souvenirs, témoins de notre "jeunesse"...

mardi 18 avril 2017 à 16h09

C’est beau et émouvant comme là-bas !.. Bravo à la "petite fille au tricycle rouge" qui se faufilait à travers les galeries de notre cher Lycée redevenues, à cette heure, silencieuses et désertes, son terrain de jeu préféré. Notre petite égérie a toujours gardé bien vivante au fond d’elle -même cette petite lumière qui nous replonge merveilleusement dans le pays de notre enfance ! Pendant que ses parents M.et Mme IVANES (parents suppléants pour nous les Potaches !) bouclaient les valises pour échapper à ce qui avant d’être un ethnocide se voulait un génocide ’ la valise ou le cercueil ", Renée eut l’idée d’emporter un souvenir ! Elle trouva le moyen de grimper, à l’insu de ses parents, sur la plus haute terrasse du lycée et réussit à arracher le drapeau tricolore qui coiffait l’établissement ! Ce drapeau longtemps dissimulé , elle le conserva pieusement jusqu’au jour où elle en fit cadeau à notre Amicale. C’est notre brave et regretté Marc Labussière alors président , qui les larmes aux yeux, le reçut solennellement au Boulou dans les années 2005 ou 2006.
Merci Renée pour ces mots venus du cœur et qui auraient tant fait plaisir à tes parents !

JPaul Victory, un potache parmi tant d’autres....

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